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LA BASE VERBALE

Acte 3

LES EMBROUILLES

Nous avons vu qu'il fallait prendre l'infinitif et en retrancher la terminaison pour retrouver la base verbale (acte 1), puis nous avons vu comment retrouver la terminaison elle-même à partir d'une liste (Acte 2). Cette méthode marche dans 99% des cas, mais il faut avouer qu'il y a au moins deux cas où elle ne marche pas :

  1. Le cas du i est le moins rare. Nous avons vu que certaines bases verbales se terminent en i, par exemple gwri-at (coudre), mais que certaines terminaisons commencent par un i aussi, par exemple ruz-iañ (rougir). Comment savoir a priori si le i appartient à la base verbale ou bien à la terminaison ? Eh bien, on ne le sait pas... Le verbe ruziañ pourrait aussi bien se décomposer en ruzi-añ qu'en ruz-iañ. C'est l'usage qui décide.
  2. Le cas du n ne concerne vraiment que quelques verbes. Nous avons vu que certaines rares terminaisons se terminent par un n, comme en dans doug-en (porter) ou in dans c'hoarzh-in (rire), par exemple. Mais il existe aussi une terminaison -n tout court, comme dans le verbe ere-n (lier), qu'il ne faut donc surtout pas décomposer en *er-en. Ne dramatisons pas, cela dit : c'est même le seul verbe concerné qui nous vienne à l'esprit !

LE RECOURS A L'ALTERNANCE

Certaines bases verbales sont régulières, mais elles sont contaminées à l'infinitif par les deux terminaisons el et . C'est ce que nous appelons ici l'alternance. Ainsi, la base verbale sav- donne à l'infinitif sav + el = sevel (lever) et non *savel. On ne peut même pas dire que l'infinitif lui-même soit « irrégulier », puisqu'il s'agit d'un phénomène relativement prévisible, et dont nous donnons d'ailleurs les « lois » ci-dessous :


base verbale alternance infinitif traduction
TERMINAISON -EL
sav- A > E sevel se lever
laosk- AO > EU leuskel lâcher
TERMINAISON -IÑ
berv- E > I birviñ bouillir
ro- O > E reiñ donner
skod- O > I skidiñ enrayer
  1. Nous avons vu que beaucoup d'infinitifs pouvaient avoir plusieurs terminaisons. Ces infinitifs connaissent l'alternance lorsqu'ils ont la terminaison el ou , mais ils ne la connaissent plus lorsqu'ils ont une autre terminaison. Prenons la base verbale harp-, par exemple : la terminaison el donne harp + el = herpel (appuyer), alors que la terminaison donne harp + añ = harpañ (même sens).
  2. Il arrive que la terminaison elle-même n'entraîne pas d'alternance : la base verbale kloz- donne ainsi l'infinitif kloziñ, et non pas *kleziñ comme on pourrait s'y attendre. Il arrive aussi que la terminaison -iñ n'entraîne pas d'alternance dans un usage, disons « non standard » : la base verbale sko- peut alors donner l'infinitif skoiñ au lieu de skeiñ. Cela concerne quelques textes (dont le Barzhaz Breizh) et surtout le geriadurig ar brezhoneg a-vremañ de Francis Favereau.
  3. Pour la petite histoire, sachez que l'alternance est un phénomène très ancien, puisque l'alternance A > E se retrouve en gallois par exemple : à la base verbale sav- et à l'infinitif sevel correspondent ainsi la base verbale saf- et l'infinitif sefyll. C'est donc un phénomène qui appartient tant à l'esprit qu'à l'histoire de la langue.

Nous vous donnons ci-dessous la liste des verbes concernés :


base verbale alternance infinitif traduction
TERMINAISON -EL
anv- A > E envel nommer
dalc'h- derc'hel tenir
gan- genel naître
galv- gervel appeler
gwask- gweskel presser
harp- herpel appuyer
harz- herzel s'arrêter
lam- lemel enlever
lak(a)- lekel mettre
man- menel rester
marv- mervel mourir
sav- sevel lever
sach- sechel tirer
stlap- stlepel jeter
tav- tevel taire
laosk- AO > EU leuskel lâcher
restaol- resteurel rendre
taol- teurel jeter
TERMINAISON -IÑ
digor- O > E digeriñ ouvrir
dozv- dezviñ pondre
go- geiñ fermenter
golo- goleiñ couvrir
gorro- gorreiñ relever
krog- kregiñ saisir
losk- leskiñ brûler
mordo- mordeiñ naviguer
ro- reiñ donner
rog- regiñ déchirer
son- seniñ sonner
sko- skeiñ frapper
stok- stekiñ heurter
to- teiñ couvrir (d'un toit)
torr- terriñ casser
tro- treiñ tourner
gor- O > I gwiriñ chauffer
pob- pibiñ cuire (du pain)
skod- skidiñ enrayer
berv- E > I birviñ bouillir
debr- dibriñ manger

CELLES QUI NE SONT PAS EN RÈGLE

Nous avons vu des ambiguïtés entre les bases verbales et les infinitifs dans les embrouilles, puis des bases verbales régulières mais des infinitifs plus ou moins réguliers dans l'alternance... N'empêche que la vraie question est quand même celle-ci : y a-t-il des bases verbales qui soient elles-mêmes irrégulières ? En fait non, sauf pour les verbes suivants :

  1. bout ou bezañ (être, base verbale variable)
  2. kaout ou endevout (avoir, il n'y a pas de base verbale)
  3. gouzout (savoir, base verbale variable)
  4. ober (faire, base verbale r- ou ra-/re-)
  5. mont (aller, base verbale nulle ou a-/e-)
  6. dont (venir, base verbale teu-)
  7. pour être complet, signalons aussi les deux verbes en -it dont la base verbale est en -ez : gounit (gagner) dont la base verbale est gounez-, et dellit (mériter) dont la base verbale est dellez-.

Autrement dit, le breton ne comprend que sept verbes dont la base verbale est irrégulière, et il ne comprend même que trois verbes dont la base verbale est variable, c'est-à-dire imprévisible... c'est plutôt pas mal, si l'on compare avec les autres langues (nous ne citerons pas de nom, mais je vous invite à consulter le Bescherelle la conjugaison dont les 256 pages vous en convaincront assez vite, je pense).

Maintenant que nous sommes prêts, nous allons pouvoir commencer à faire des phrases. Enfin !




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